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Forges de Tarbes : un fournisseur unique de l'artillerie en redressement

XXI Institut · 23 octobre 2026

Les Forges de Tarbes, en cessation des paiements, vont demander l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire, ont appris les représentants du personnel le 22 octobre. L'usine est la seule en France à produire les corps creux de 155 mm qui, une fois chargés par KNDS, deviennent les obus du canon Caesar, rapporte Le Monde. Comment préserver une capacité industrielle dont dépend une munition stratégique ?

La première réponse est judiciaire. Le redressement est ouvert au débiteur qui, dans l'impossibilité de faire face au passif exigible avec son actif disponible, est en cessation des paiements. Il est destiné à permettre la poursuite de l'activité, le maintien de l'emploi et l'apurement du passif, et donne lieu à un plan arrêté par jugement à l'issue d'une période d'observation (C. com., art. L. 631-1). Pendant cette période, l'activité continue sous le contrôle du tribunal de commerce de Tarbes, dont la décision était attendue « dans quelques jours », selon le groupe propriétaire.

La question se resserre ensuite sur le rôle de l'État. Le journal rapporte que l'entreprise avait obtenu 7,5 millions d'euros d'avances remboursables publiques et un agrément d'exportation en 2023, que la production est restée loin des objectifs annoncés, et que le délégué général pour l'armement a fait part, devant la commission de la défense, d'un « suivi rapproché des services de l'État ». Il a aussi indiqué avoir signalé au parquet des décisions de gestion récentes. L'État dispose ainsi de plusieurs leviers, de créancier, de client et de garant de la base industrielle de défense, mais aucun ne lui permet de se substituer au tribunal dans le choix d'un plan.

Le 22 octobre au soir, la commission des finances de l'Assemblée a adopté un amendement visant à nationaliser les actifs français du groupe propriétaire. Son auteur reconnaît lui-même que la mesure est « encore loin d'avoir force de loi ». Le groupe impute pour sa part la cessation des paiements au manque de commande publique. La période d'observation est le moment où l'État, client principal de la filière, peut peser utilement : par la visibilité de ses commandes, qui conditionne l'intérêt d'un repreneur industriel, et par l'avis qu'il peut faire valoir sur les offres de reprise d'une capacité dont il est le principal client.

Article de presse à l'origine de ce billet : Le Monde, 23 octobre 2026.

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